Le match des Borgnes, seuls 3 rescapés de la dernière confrontation France - Ecosse de 1913 ont pu joué en 1920

6 février 2020

Le match des Borgnes,
3 rescapés de la dernière confrontation France - Écosse de 1913 ont pu joué en 1920.

La France et le Tournoi
Le 1er janvier 1910, l’équipe de France de rugby dispute le premier match de son histoire dans le Tournoi des 5 nations. C’est contre le Pays de Galles qui remporte la victoire 43 à 13. Le 2 janvier 1911, la France gagne son premier match du Tournoi. C’est contre l’Écosse sur le score de 16 à 15. Dans le Tournoi 1913, le 1er janvier à Paris, au Parc des Princes et devant 25 000 spectateurs, la rencontre France-Écosse qui voit la défaite des Français sur le score de 3 à 21, dégénère en bagarre collective, aussi les dirigeants écossais refusent de jouer contre la France en 1914.


Equipe de France 1913, source Bnf.fr


Equipe d’Ecosse 1913, source Bnf.fr

Les conséquences de la guerre
La Première Guerre mondiale va interrompre les grands rendez-vous sportifs internationaux dont le Tournoi des 5 Nations. Engagés dans les combats particulièrement meurtriers de cette guerre, de nombreux champions ne reviendront pas du conflit et plus que tout autre sport, le rugby est cruellement touché par cette hécatombe. Toutes les équipes nationales sont décimées. 125 rugbymen internationaux tous pays confondus, resteront éternellement sur les champs de bataille. D’autres, gravement blessés, rentreront lourdement handicapés.

Le sport au service des soldats
Mais, paradoxalement, le sport n’a jamais cessé d’être pratiqué pendant ces 1561 jours de mort de masse. Entre les combats, pour occuper les longs moments d’attente, les soldats multiplient les rencontres sportives interarmées et interalliés. Pour se rééduquer, les blessés découvrent, eux aussi, spontanément les bienfaits du sport et posent, sans le savoir, les premières bases du handisport.

La reprise du Tournoi
La paix revenue, il faut panser les plaies. Le sport va apporter sa contribution. La FFR, créée le 19 mai 1919, se structure solidement et, au niveau international, le tournoi renaît. Le sort fait que le premier match est un France-Écosse prévu à Paris, le 1er janvier 1920. Qu’en est-il du diffèrent qui opposait avant la guerre Écossais et Français ? Entre temps, la guerre et ses tragédies ont relativisé les causes de la discorde, les rancœurs sont apaisées, l’heure est à la réconciliation et à la reconstruction. Unis dans les combats, on est prêt à s’affronter loyalement sur les terrains de sport.

Le match des Borgnes
Sur les 125 joueurs internationaux restés dans la boue des tranchées, on compte 30 Écossais et 22 Français. Pour constituer les équipes, des deux côtés, on sélectionne de nouveaux joueurs (11 français et 8 du côté écossais) dont la majorité sont des rescapés de la Grande Guerre. Parmi eux certains ont perdu un œil dans les combats. Combien ? La majeure partie des historiens s’accordent sur le nombre de cinq joueurs, trois Écossais Andrew WEMYSS, Arthur Douglas LAING (Podger) et John HUME et deux Français Robert THIERRY et Frédéric LUBIN-LEBRÈRE.


Equipe de France en 1920, source Bnf.fr.


Equipe d’Ecosse en 1920, source Bnf.fr.

Mais qu’importe le nombre exact, le fait est là ! Ce qu’il faut retenir, c’est qu’un siècle après, ces hommes, rescapés de l’enfer, nous montrent un extraordinaire exemple de courage et de volonté et si cette rencontre est remportée par l’Écosse 5 à 0, elle reste à tout jamais dans l’histoire et dans le cœur de tous sous le nom emblématique de match des Borgnes. À noter que trois joueurs vont conjointement participer aux rencontres de 1913 et 1920, les écossais Alexander ANGUS et Charlie USHER (dont Eric Milroy fut le coéquipier avant de succombé au front dans le bois de Deville en 1916).


Alexander Angus, capitaine survivant de la 1ère Guerre Mondiale. Source Bnf.fr

ainsi que le français Jean SÉBÉDIO (coéquipier de Marcel Burgun avant que l’avion de ce dernier s’écrase sur le front Est en 1916).


France-Écosse
Une rencontre de rugby France-Écosse a toujours un parfum d’amitié et d’estime partagé qui n’est en rien fortuit. C’est l’Histoire qui a construit ce lien entre ces deux nations. Cette relation dépasse largement le plan du seul résultat, elle est fraternelle. Elle symbolise le but ultime du sport qui reste un excellent moyen de se surpasser personnellement, de se connaître mutuellement, de comprendre les autres afin de vivre ensemble dans le respect et la paix.

Flower of Scotland 30 ans déjà, pour la 3ème édition du Trophée Auld Alliance qui sera disputé le 8 mars 2020 à Murrayfield

2020 une année vraiment spéciale pour les 2 nations aux liens fraternels
Le dimanche 8 mars 2020, au BT Murrayfield Stadium à 16h (heure locale) se déroulera le 90 ème match (97éme si l’on compte les 4 tests match et les 3 matchs joués en coupe du monde) entre ces deux nations dont le vainqueur remportera la 3ème édition du AULD ALLIANCE TROPHY (1 victoire chacun). Ce trophée célébre à la fois « la Vieille Alliance », datant de 1295 et la mémoire des rugbymen décédé durant la 1ère Guerre Mondiale dont les noms d’Eric Milroy et de Marcel Burgun sont associés. 2020 célèbrera également le Centenaire du fameux « match des Borgnes ». C’est sans nul doute que la Scottish Rugby Union fondée en 1873 en profitera pour célébrer les 30 ans de l’hymne : « Flower of Scotland » dont les échos des tribunes du stadium pourraient parvenir jusqu’à l’esplanade du château d’Edimbourg.


Du côté du George Watson’s College à Edinburgh
Le Centenaire du Milroy’s trophy au George Watson’s College, c’est cette année. Ce trophée offert par la mère d’Eric MILROY a pour but d’honorer la mémoire des jeunes rugbymen de l’école décédé en 1914-1918. Parmi les Wastonians devenus internationaux avant la guerre on compte James PEARSON et James Young MILNE-HENDERSON. Ce trophée récompense depuis 100 ans le meilleur buteur de l’école. Les frères Hastings, Scott et Gavin l’ont d’ailleurs remporté plusieurs fois à l’époque avant qu’ils deviennent les internationaux du XV du Chardon que l’on connaît. Depuis de nombreux Watsonians sont devenus internationaux.



Données chiffrées :
En 1920, on compte 7 survivants internationaux écossais ayant disputés des rencontres dans le cadre du V nations avant le conflit mondial, parmi eux se trouvent : Alexander ANGUS, 18 caps, 1ère sélection contre le Pays de Galles en 1909 et a joué la France en 1910, 1912, 1913 et 1920 ; Jenny HUME, 7 caps, a joué la France lors de sa 1ère sélection en 1912, puis en 1920 et en 1922 ; Charlie USHER, 16 sélections a également joué la France lors de sa 1ère sélection en 1912, puis en 1920 et en 1922 ; Andrew HAMILTON, 2 caps, 1ère sélection contre le Pays de Galles en 1914 et dernière sélection contre la France en 1920 ; Arthur Douglas LAING (Podger), 9 caps, 1ère sélection en 1914 contre le Pays de Galles, a joué la France en 1920 et 1921 ; Allen SLOAN, 7 caps, 1er match en 1914 contre le Pays de Galles, puis contre la France en 1920 et 1921 et enfin Jock WEMYSS, 7 caps et a joué la France en 1920 et 1922.

4 internationaux français ayant connu le V nations d’avant guerre ont survécu au conflit 1914-1918 : Jean SÉBÉDIO, 9 caps, a joué l’Ecosse en 1913 lors de sa première sélection, puis en 1920, 1922 et 1923 ; Philippe STRUXIANO, 7 caps dont la 1ère contre le Pays de Galles en 1913, a joué l’Ecosse une seule fois en 1920 ; René LASSERRE, 15 caps dont la 1ère contre l’Irlande en 1914 et contre l’Ecosse en 1920, 1921, 1922 et 1924 ; Marcel-Frédéric LUBIN-LEBRÈRE, 15 caps dont la 1ère contre l’Irlande en 1914, a joué 3 fois contre l’Ecosse en 1920, 1921 et 1922.


Le 1er janvier 1920, pour 11 internationaux français c’est le premier match. Il s’agit de Eugene BILLAC, Aimé CASSAYET-ARMAGNAC, André CHILO, René CRABOS, Adolphe JAUREGUY le frère de Pierre qui a joué contre l’Ecosse en 1913, Joseph LAURENT, Robert MARCHAND, Pierre PONS, Louis PUECH, Paul SERRE et Robert THIERRY. Du côté écossais, 8 nouveaux font leur apparition : Gerard CROLE, Denoon DUNCAN, Ernest FAHMY, Bob GALLIE, Finlay KENNEDY, Monty MURRAY, George PATTULLO et George THOM. 

Le match des borgnes, une rencontre de rugby France-Écosse qui n’a pas encore livrée tous ses secrets.
Michel MERCKEL & Patrick CAUBLOT Mémoire de rugby Events

Les 3 Survivants de 1913 qui ont joué en 1920, des miraculés de la 1ère Guerre Mondiale.
Alexander ANGUS, Charlie USHER (Ecosse) et ean SÉBÉDIO (France)